(...)

J’ai tant de silence à dire
mon sang racle les brisants
où l ’océan houleux vient frotter
ses mufles ruisselants d’écume
ses flancs de maelströms
Je me suis laissé choir
dans la gueule du gouffre de l’existence
jusqu’à ce le monde extérieur se dissipe
des filles gainées de méduses
corsetées d’écailles et de nacre
chuchotent à mes oreilles
d’antiques malédictions
des filles aux chairs molles et brunes
comme des chevelures de varech
roulées par les vagues des équinoxes
contre la coque des barques chavirées
ma voix se fêle
des baisers froids de la murène
j’ai endossé l’étrange solitude
des grands gastéropodes marins
un sel d’humanité corrosif m’assoiffe
Je n’ai que des mots sources
pour les deltas du temps
Ma voix donne un corps de rêves
à ceux qui n’en n’ont plus…


Mais où vont-ils les mots

si la cendre étouffe leur feu ?

Quelle poésie faite île

surplombe les horizons
entre l’œil et la parole
entre le cœur et la main
le geste et la pensée ?

Qui viendra visiter

l’architecture invisible
que bâtissent les songes
sous les ruines ascendantes
d’un crépuscule d’orage ?

Attendre en vain

entre la foudre et la fièvre
une réponse qui ne viendra
qu’au péril d’un poème
éclatant de beautés sauvages

Prendre naissance

libère des forces contraires.

.../...

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ANDRE  CHENET

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BLEUE