C’est le temps de négoces, entre des feuilles de sang
Et l’arbre est un tronc mort
Quelles lumières et quelles ombres encore se disposent sur les versants de l’histoire   
Et où sont les visages-peuples ? Pris dans les masques de quels mensonges ?
A l’ombre de l’écriture, terre et peuples, entre souffrance et désespoir,
Et la présence de qui dirait la rumeur d’autres passages ?
   Et la présence de qui dirait la rumeur d’autres gestes ?
Et la rumeur de qui dirait la rumeur ordinaire d’invisible réel ?
Quel vent siffle encore sur les l’étendue du ciel à l’infini ?
Quel être venu d’au-delà soulager sa terre d’autant de sacrifices ?
Derrière lui, Gaza, effacerait lentement l’immense corps de sable sous ses éclats d’étoiles.
Et prendrait le pouvoir  d’énoncer le droit
Derrière lui, les portes ouvertes du savoir de qui pourrait voir l’autre
Traverser ce désert, cette errance nomade qui pourrait délivrer l’autisme
Distribuer le sang du cœur à de nouvelles pulsations, le temps arrêté de l’occupation
Énoncer le regard autre et la rencontre autre que celle du soldat qui garde le désert
La lune perd ses quartiers, au viseur des armes, sur fond vide, l’histoire passe comme un mauvais film

      Quel temps d’histoire construire pour sortir des plans encadrés par les murs ? quels fragments disloqués des récits ? quelles issues secourables de la clarté contre les nœuds de discours et les pages de messages hors la dictée d’horizons purs ?
Comme la marche d’une femme entre les oliviers abolit l’angoisse du soleil,
L’Immense, surgi d’une échelle sans fin,

      Avec ses plans de mémoire, les mêmes mots narrent-ils les mêmes gestes ou se perdent-ils dans les déserts des langues ? Quels éclats se superposent en se déplaçant ?
Quelles idées de justice et de paix avancent dans leurs possibles ?

      La terre, la femme déracinées de leurs propres mots, pénétrées des heurts et des choses des hommes.
Qui restitue l’histoire, les voix qui interrogent la perte ? l’effacement ? les images dispersées de la lumière ?
Qui renoue sans exiger les mythes et les légendes, comme si l’imaginaire pouvait être colonisé ?
Entre l’évènement et son information, qui rend compte de la vérité ? et qui rend compte de son énigme ?
Terre stérile de l’illusion où les larmes et aciers se brisent
Qu’est-ce qui revient à chacun d’humanité ?

      La narration de sa terre dessinée dans ses territoires millénaires, l’occupation de vivre libre ou la dette impénétrable d’autres martyres ?
Tant de valeurs accordées aux images, aux déformations, cette saison extrême ébauche le feu des sarments alors que l’appel du buisson ardent, brûle sans se consumer ?
Toujours cette présence enchâssée dans la substance de la parole, mais quelle utopie fait-elle des faits et de l’impénétrable des devenirs ?

Quel bois mort pourrait donner des vendanges heureuses ?
Dans quelle terre complice s’engendrait la paix au mystère des similitudes ?
Dire à ces visages de légende que la beauté, la liberté et la justice se font porte-parole des justes, des êtres verticaux entre racines et ciel, à qui ne manqueraient plus jamais lumière, eau, verbe et histoire possibles

      Enfin la voix juste de l’âme jusqu’à la confrontation avec elle-même, sans cesse déployée et envoyée dans la langue des devenirs humains, une coulée de lumière dans l’écart entre les ruines, un espace de clarté dans le gouffre, la réparation de la tente trouée du ciel.
Les battements contre la nuit révèlent les sables d’autres présences, d’autres naissances, d’autres départs du sens arraché au temps. Atteindre l’autre rive et arracher les entraves des terres promises pour délivrer la clarté tragique de la nuit.
Nuit et lumière dans leur unité immobile tendent l’origine et son devenir ensemble, le passage obligé de l’intérieur d’ombre où commence la question des passages des bords brisés de la lumière et les ombres inachevées d’éclats lavant les ténèbres.

      Un regard de femme vraie traverse la langue en ses bourgeons,  et demande :
« Maintenant que nous n’avons plus de chemin
    N’es-tu qu’impossible lendemain de l’effroi de nos peurs ? »

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NICOLE BARRIERE
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Œuvre Slimane Ould Mohand