La prison à vie requise en Turquie contre la romancière Asli Erdogan

Des procureurs turcs ont réclamé la prison à vie pour la célèbre romancière turque Asli Erdogan, 49 ans, accusée avec huit autres personnes d'avoir collaboré avec un journal pro kurde, Ozgür Gündem, selon l'acte d'accusation préliminaire dévoilé jeudi par des agences de presse locales. On leur reproche d'être «membres d'une organisation terroriste armée», d'«atteinte à l'unité de l'Etat et à l'intégrité territoriale du pays» et de «propagande en faveur d'une organisation terroriste».


Asli Erdogan est traduite dans plusieurs langues. Son dernier roman paru traduit en français, le Bâtiment de pierre (Actes Sud, 2013), dénonce la torture et les conditions de détention en Turquie.

 

 Une pétition exigeant la libération immédiate d’Asli Erdogan circule, vous pouvez la signer ici.

 

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Nous rirons plus tard, pour l’instant je vais  vous emmener dans le bâtiment de pierre. Arrivé à l’angle de l’édifice, vous aurez l’impression

d’être dans une impasse, mais droit devant, au pied de l’escalier, la rue tourne à gauche. Vous vous arrêterez là pour dire adieu au monde des

hommes. Le chemin qui nous a menés ici est sans retour. Dedans, nuit et jour, la lumière est allumée, tout est exposé à une clarté violente et

impitoyable et chacun est réduit à son ombre. À chaque question, il faut faire une réponse brève, une destinée tient en quelques phrases.

Il faut avouer. Le temps n’a plus d’autre sens. L’homme est le plus vieux des mystères, c’est de la matière qui parle. Autrefois, j’ai aimé

quelqu’un. Il est parti en me laissant ses yeux. Il n’avait personne à me laisser. Aimer... Ce mot-là, je l’ai trouvé en fouillant dans mon cœur, en

sondant inlassablement ces épaisses ténèbres. Mais personne ne m’a dit que “chacun tue celui qu’il aime” ! Nous étions ensemble dans l’édifice

de pierre. J’ai longtemps prêté l’oreille aux bruits. Quand mon tour est venu, le jour n’était pas encore levé. Bien sûr, vous ne me croyez pas.

Vous pensezque ce bâtiment est issu de mon rêve ? Mais nos rêves ne sont-ils pas le levain de la pâte dont nous sommes pétris ? Finalement,

l’aube va naître, des traînées rouge sang vont apparaître à l’horizon... Dans le ciel tendu, terne, tout plat, les étoiles vont se solidifier et

disparaître l’une après l’autre. La dernière laissera pendre une corde vers le bas, vers nous. Ta nuit muette, tes mots coupés en deux et

ensanglantés, tes ombres errantes, privées de leur maître, tes rêves couleurde cœur dont personne ne veut, tes mots

ailés vont pouvoir y grimper... Tous tes rêves, venus vivre parmi nous et repartis sans crier gare, vont pouvoir se hisser vers les profondeurs...

Dans les tréfonds où se perdent tout homme et toute chose...Mais vous ne m’entendez pas ? J’aurais peut-être dû faire mon récit au passé. J’ai

attaqué ma chanson dans le mauvais sens, par la mauvaise note.

 

 

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ASLI ERDOGAN

Traduction Jean Descat

 

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