Parfois je me réveille avec un goût d’écorce
en bouche, un goût qui vient de la montée des sèves.
Peut-être ai-je connu un grand bonheur là-haut
et dormi dans la cérémonie des branchages
quand se faisait l’accouplement des eaux du ciel
après l’hiver velu dans le tronc paternel.
Peut-être dans l’enfance ou sa vaine poursuite
peut-être en ce délaissement de la lumière
ai-je entendu cela qui me dit à voix basse :
n’espère plus. Tiens-toi ferme dans le silence.
Alors de rien, ainsi qu’un saut de truite à l’aube
je bondirai dans l’espérance, un bel instant.
Peut-être étant sorti du cercle de la lampe
dormeur, ai-je touché la trame de la nuit.
Peut-être ai-je entendu celle qui m’a guidé
depuis l’eau tendre et maternelle, par les fleuves
du temps griffu, vers le lieu où l’on doit se rendre,
disant : il ne faut plus vouloir. A quoi bon !
Être ou vouloir, telle est la question qui se pose

 

 

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HENRY BAUCHAU

1913-2012

 

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ARBRE