... Je vous écris de la mer qui semble une peau écorchée
Je vous écris d’un squelette de noyé
Je vous écris d’un tonneau de salaison
Je vous écris d’un grand voyage au fond des cales
Je vous écris d’un exode pourchassé de requins
Je vous écris du galop de l’étalon et de la requête du pur-sang
Je vous écris du lustre des lucioles
Je vous écris des hautes dunes de la mer
Je vous écris de l’exclamation de l’homme, de la tempête aux doigts de fouet, de l’embryon qui se dilate, du placenta qui engraisse l’arbre
Je vous écris l’offense et la bonne nouvelle qu’apportent des bourgeons sous-marins
Je suis un homme à peau de mer
Je suis un homme serpent de mer
Je flotte
Je tangue
Je craque
J’épouse la litanie de la mer
Je suis un navire enflammé par son passé
Croyez-moi
Aucune mer ne m’a défait de la paume de ma main car je suis la main du monde
Je suis le sablier du monde
La sève qui tisse le cocon de l’arbre
Je vous écris de l’empreinte d’un linceul
Du tourbillon du deuil dans une bouche que l’avenir console
J’ai la vertu de pardonner toutes les malédictions et j’envoie à la mer le nom de mes ancêtres
Qu’ils se lèvent et apposent le sceau de l’arc-en-ciel...

 

 

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ERNEST PEPIN

 

 

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la sablière4,,1