Ficher dans le maquis des alarmes confuses nombre de tuteurs agencés comme pour arrimer les frissonnants halliers de la mémoire.
Parfois, s’y jette une volée de mots tels étourneaux s’abattant sur les vignes ou dix cors bellement l’un contre l’autre en rut. Serait-ce convoitise, quémandage charnel des vocables ? La théâtrale sauterie, la comédie au paradis ? Entre sol et nues, nombreux les sigles et les sceaux que les filets retiennent ! Lambeaux abîmés de roseau « Livre pour Sortir au Jour », feuilles froissées de latanier, de talipot, leurs textes sacrés incisés au stylet ; palmes brisées d’arbre-lettre élégant, graphie profuse et déliée, « effet majeur : la retombée », dit R. B. ; bribes d’écorce de bouleau-renouveau si propice aux billets d’amour, fibres de figuier pages lacérées bâtons et jambages. Quel feu en allumer ?
Quel feu en allumer, sinon les dits de ta ferveur, sinon ta voix conjuratrice ?
Ta voix chanteuse de péan qui, fibre à fibre, me délivre quand tu danses ton pas, refleurissant le monde.
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Dans les villes, les gros bourgs, je perçois bien rarement un air sifflé par la fenêtre ouverte, un refrain chantonné dans la rue, au comptoir d'un bar-tabac, dans la queue devant une caisse, cinéma ou hypermarché. Il n'empêche, quelques mesures doucement modulées, et le joug se fait moins féroce, le pouvoir moins museleur. On a pu, naguère, affirmer que les goualantes résonnaient parmi les squares les venelles ; elles frissonnaient de vie. Point d'auto-radios hurleurs, toutes vitres abaissées. Qui se surprend, aujourd'hui, susurrant, à la terrasse d'un café, une tendre aria de Bach ? Où, la plaisance du fredon comme humble rumeur d'abeille ?
Toi qui vas volontiers chantant, la caresse de ta voix rend le cœur plus léger, comme celle d'une brise en juin ; elle époussette la journée, la soulage de sa grisaille. Avec toi, un instant je marche sur l'eau, un instant je suis oiseau. Avec toi, tes ritournelles, oubliés ‒ tout merveilleusement ! ‒ extorqueurs de désir trafiquants de peur fabricants de tristesse furieux de dieu bombes humaines.
« Un temps, une autre habitation possible de la terre. »
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FRANCOIS LAUR
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LAUR