Il lui dit qu’il restera. Qu’elle n’avait pas à le choisir, tout juste à l’accepter. Qu’il demeurerait derrière, dans l’ombre des apparences, dans quelque endroit commun au rêve et au souvenir, dans la chambre du monde réconcilié.

Il lui dit que deux âmes blessées fondaient un presque corps.

Que deux errances pouvaient tracer quelque chose d’un parcours. D’un itinéraire. D’une quête.

Il lui dit qu’il l’accompagnerait : de la peur de perdre à la perte de la peur.

 

Il lui dit qu’ils prendraient soin ensemble de leur manque. Car tel est le lot de chacun. La plaie. Le trou béant qui fait de vivre ce merveilleux désir.

Elle avait connu trop d’adieux : il la rencontrerait cent fois le jour. Elle avait respiré trop de nuits : il tirerait sur la robe de l’aube, pour que la soie de soleil couvre son sourire et le ranime de lumière. Elle avait épousé trop de solitudes : il ferait de leur vie un peuple, de leurs peaux un territoire, de leur amour une immensité bleue.

 

Il lui dit que vivre c’est se risquer. Que chaque pas dépose sa fragilité. Que c’est l’empreinte qui fait la force. La marque de l’histoire. Le sceau de soi. La vie subjective, seule à être vie.

Puis il se tait. Il ne parle plus. Il écoute.

Les soupirs ailés de ce voyage.

La beauté de ce jour paré de son corps.

 

 

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SONYA  SANDOZ

 

 

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