Nous avons deux yeux pour voir
un qui voit le dehors
et l’autre qui voit
le dedans

Si on ferme l’oeil
qui voit le dehors
on voit deux fois
le dedans
mais cela est trop
pour voir le dedans
qui ne se voit plus

Si on ferme l’œil
qui voit le dedans
on voit deux fois
le dehors
et cela aussi est trop
pour voir le dehors
qui ne voit plus
le dehors

Si on ferme les deux yeux
en même temps
on ne voit plus rien
ou l’on voit
tout le dedans
et tout le dehors
d’un seul coup

Après minuit
nous savons
que nous sommes
proches de l’aube

Nous semons
nos yeux
dans la terre
comme des graines
pour voir un dedans
et un dehors
que nous ne connaissons pas
sans dedans ni dehors

Nous inventons la peau
de ce que nous recouvrons

 

 

Le matin la lumière balaie la vérité des erreurs
mais en laisse toujours tomber une
pour nous surveiller dans la prison de sa vérité

La lune est une roue de trop à la brouette
Nous appliquons la mort à la mort
et la vie à la vie
et nous ne laissons naître
que ce qui ne naît pas
de notre accouchement

Quand nous appliquons l’erreur à l’erreur
et la vérité à la vérité
nous laissons les choses
entourer leurs propres définitions

La lune est une roue en moins
et la nuit est grosse de l’impossible
de son noir possible

La Vérité joue ses erreurs aux cartes
sous la table de la nuit
puis le jour inverse le jour
et l’Erreur joue ses vérités
sous la même table

Nous ramassons les mises fracassées des passages
la manche truquée d’un chien
et l’aboiement du silence
quand nous nous recouvrons avec le tapis
le visage

 

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SERGE PEY

 

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aleas