Comment le christianisme officiel, institutionnel, celui des conciles, des confessions de foi ou des dogmes, celui de la théologie aura-t-il pu ignorer deux mille ans durant le dramatique et pathétique problème de la condition animale sans songer à prendre résolument parti contre les bourreaux, sans faire sa place dans son enseignement, dans ses traités, ses manuels et ses catéchismes à la souffrance des bêtes, éternelles victimes de la cruauté des hommes ? 

Pourquoi un silence à la fois si pesant et si durable qu'on pourrait se demander si la question ne se trouvait pas en fait résolue, et par le refus d'un débat en réalité sans objet ? 

Comment une religion de l'amour, de la pitié, de la miséricorde, plaçant au centre même de sa foi le Sermon sur la montagne, avec les Béatitudes et l'hymne à la charité de 1 Corinthiens 13 pouvait-elle paraître accepter de ne se soucier que d'une seule des créatures, à l'exclusion de toutes les autres ? 

Pourquoi les églises _ et la mienne comme toutes les autres bien entendu _ n'enseignent-elles pas encore la pitié pour toutes les créatures et n'intercèdent-elles pas ou si peu et si rarement _ pour les innombrables et quotidiennes victimes de la stupidité et de la cruauté des hommes ? 

Pareilles questions sont graves. Un jour, si l'évolution qui se manifeste déjà dans la pensée et la sensibilité doit se poursuivre, les historiens devront se demander, stupéfaits, comment il aura fallu tant de siècles pour que fût reconnu à l'animal non seulement un droit à notre compassion mais des droits, celui de n'être plus tenu pour un simple objet, une matière première, une heureuse source de profit, en fait, le droit à la vie et à une vie conforme à la biologie et à la vocation des espèces.

En effet, s'il est un sujet bien propre à provoquer la surprise, pour ne pas dire plus, de l'historien de la pensée chrétienne, c'est indubitablement ce que Bernard Rordorf appelait en 1982, dans son étude " Les animaux malades de la violence " " l'incompréhensible et inacceptable silence des Églises " devant la souffrance des bêtes.

Évoquant le même scandale dans son article " Théologie des animaux " ( 1984 ), Daniel Berditchevsky le reconnaît : " la Théologie classique est un désert pour le monde animal. Les animaux n'ont qu'un rôle utilitaire et décoratif dans la création. Ils ne peuvent attendre que le néant au-delà de leur existence terrestre ".

Dans mon étude " Nature vivante et foi chrétienne " ( 1984 ) je croyais pouvoir trouver une triple racine à notre comportement : l'héritage de la préhistoire, la promotion de l'homme à la dignité de " Roi de la création "commune aux trois grands monothéismes, enfin les conséquences de l'animal machine de Descartes.

Mon propos est aujourd'hui plus limité puisque ne concernant que l'attitude chrétienne, plus détaillé aussi dans une approche largement historique.

Il nous faudra donc tour à tour :

1)  évoquer les sources bibliques de nos théologies

2) rappeler par quelques exemples les conclusions de la théologie traditionnelle

3) signaler que, malgré le consensus officiel, des voix se sont élevées à travers les siècles pour accorder au problème animal toute l'importance qu'il mérite

4) montrer que, si les progrès restent très lents dans le domaine de la pratique, dans celui de la pensée philosophique et religieuse le mouvement des droits de l'animal représente désormais un vivant espoir.

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THEODORE MONOD 

 

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SANTA