Ce temps des olives ! Je ne connais rien de plus épique. De la branche d'acier gris jusqu'à la jarre d'argile, l'olive coule entre cent mains, dévale avec des bonds de torrents, entasse sa lourde eau noire dans les greniers, et les vieilles poutres gémissent sous son poids de nuit. Sur le bord de ce grand fleuve de fruits qui ruissellent dans le village, tout notre monde assemblé chante... ça, c'est le temps de la cueillette, le temps où l'on trait l'arbre comme on ferait pour traire une chèvre, là, mains à poignées sur la branche, le pouce en l'air, et puis cette pression descendante. Mais au lieu de lait, c'est l'olive qui coule ...


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 Quand j'étais tout petit, je jouais, puis j'avais faim. Ma mère taillait alors une plate tartine de pain, elle la saupoudrait de sel, elle l'arrosait d'huile, par un large huit de la burette penchée, elle me disait "mange". Ce sel, il me suffisait de humer le vent odysséen : il était là avec l'odeur de la mer ; ce pain, cette huile, les voilà tout autour dans ces champs de blé vert dessous les oliviers.

! DIAMON~11

 

 

JEAN GIONO

 

 

! DIAMON~11

 

Huile