« Je ne sais pas enfin, quand je relis le mot destin qui s’est glissé sur la page un peu plus haut sans que je le pense réellement, si je dois fondre en sanglots ou rire aux éclats, sautant
sottement en cognant ma tête contre le mur le mieux serait d’alterner rires et larmes en
grimaçant ,tant ce mot est dans mon esprit associé à la grandeur, la gloire, l’immortalité. Il est inapproprié en fait de nommer destin une chienne de vie menée sans laisse au jour le jour,
dont une grande partie est consumée dans des bars sordides « trous à rats », « repaires de délinquants », « lieux d’insalubrité morale » — dans des boulots de merde, quand j’arrive à endénicher un, à me débattre dans le vide, dans le vide...Or, en écrivant, avec toute l’inquiétude qui accompagne un tel acte, tant il est grave, je ne fais peut-être que de la brouillonner davantage, quand je m’attends à l’élucider, entretenant l’illusion que je me la réapproprie en la magnifiant, c’est à dire justement en l’accomplissant en tant que destin, la traînant et la biffant dans la marche processionnelle des phrases. Je ne me serais en effet assigné, de bout en bout, qu’une seule ambition : réussir le prodige d’être à la fois le marionnettiste et la marionnette, me travestissant jusqu’à ne plus me reconnaître. C’est qu’il s’agit — plus que de raconter, fût-ce par bribes, une vie — de tisser avec des lignes froides et détachées, comme
l’araignée autophage sa toile, son propre linceul, puis partir brûler dans l’éclat irradiant des morts... »
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MOHAMED HMOUDANE
 La Différence, Paris 2005
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jean baptiste huynh2

Oeuvre Jean-Baptiste Huynh