Aujourd'hui, 10 novembre 2019, je suis allé au cimetière, rendre visite à Pierre et Angèle.
Il n'y a pas leurs noms sur le tombeau de famille, seule la famille très proche sait qu'ils sont là.
Un jour prochain, je signalerais leur présence par une plaque, car ces deux enfants disparus trop tôt n'ont jamais cessé de tourmenter mon cœur, et je n'ai jamais cessé de penser à eux!
Ce sont mes enfants pour ainsi dire, ils sont partis si jeunes!
L'un, Pierre, à l'âge de treize ans et quelques jours, l'autre, Angèle, à l'âge de huit ans et demi!
Ces enfants, pourtant, j'ai grandi dans leur souvenir, toujours, j'avais deux ans, trois ans, on me parlait déjà d'eux, ils étaient à l'époque des frères, des sœurs plus âgés.
Mais désormais le temps a passé, c'est eux qui sont devenus mes enfants, mes petits amours, et pourtant, en réalité et pour l'état-civil, ce sont mon oncle et ma tante, le petit frère et la petite sœur de mon père!
Ils sont passés si vite dans cette vie! Mais si je disparais, qui pensera encore à eux?
Qui se souviendra de leur si courte existence?
Aussi, aujourd'hui, en prenant la plume, j'ai le trac, pour la première fois dans ma vie d'écrivain: je me demande si j'arriverais à les évoquer convenablement, si j'arriverais à les faire vivre, à prolonger leurs années si peu nombreuses!
Ils n'ont que moi désormais, moi et ceux à qui j'adresserai ce texte, s'il est estimé suffisamment pertinent pour parvenir jusqu'à eux.
D'habitude pour sauver ou prolonger une vie, les secours sont nombreux, les gens s'affairent, s'entraident, mais, là, je suis seul! Tellement seul!
Pas si seul pourtant, je suis avec eux, avec eux deux, comme nous l'avons toujours été depuis que je suis né.
Pourquoi ai-je attendu l'âge de soixante-trois ans pour enfin remplir ce devoir nécessaire?
Pourquoi avoir pris tant de risques de disparaître avant, quand je roulais sur les routes d'Espagne, seul, la nuit, en toutes saisons, par tous les temps, pour rejoindre des dizaines de fois le Maroc, et que des dangers permanents me guettaient alors, pas seulement pour moi, mais pour la mémoire de ces deux enfants qui m'attendaient?
Mais aujourd'hui, Pierre, Angèle, mes amours, ne vous inquiétez plus! Je suis là! Pour vous!
Et si aucun éditeur n'accepte ce texte, si aucun éditeur n'accepte de faire partager au monde votre vie, je ferais en sorte de me nourrir plus frugalement encore et je payerais l'impression de ce livre pour vous perpétuer.

 

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CHARLES VERSINI

Pierre Versini: 1932- 1945

Angèle Versini: 1934- 1943

 

 

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Pierre et Angèle