Le poème n'est pas une abstraction, un fétiche, une façon d'enjoliver l'existence. Il reflète plaies, peurs, émotions, coups de coeur, traîtrises, extases. Ce n'est pas un objet d'artisanat que l'on expose dans les salons ou que l'on exhibe dans des lectures publiques la plupart du temps inoffensives. Chaque poème accompli agit secrètement, invisiblement, dans les fondements de l'être humain, c'est pourquoi la multitude évite la poésie, ou la regarde comme une curiosité qui au mieux met mal à l'aise. Les poètes de cours, je les reconnais de loin, à leur propension à se faire admirer, à pousser des coudes, pour être parmi les premiers de la classe dominante, avec des mots alambiqués, des formules sans conséquences qui n'ont qu'une espèce d'artificialité esthétique sans substance. Qu'est-ce que la substance, m'objecterez-vous? Rien, rien d'autre que ce flux mouvant si éphémère que nous avons en commun. Le temps que nous vivons pourrait tenir dans un seul poème, un poème d'écritures sans fin.

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ANDRE  CHENET

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Oeuvre Marc Chagall