Les oiseaux habitent en nous
avec nos morts

À tire d’aile
ils défrichent le silence

Voix coutumières
d’obscurs chemins de plantes
creusés loin
entre passé et présent

Les oiseaux tendent au ciel les draps
qu’ils ont lavés dans la rumeur des torrents

Ils les laissent sécher au soleil
avant de les rendre à la nuit et aux arbres

Ils font nos lits de lin
frais comme la neige

Dès l’aube ils s’interpellent
d’un chevet à un autre

Plongent
de fenêtre en fenêtre
trépignent, trillent
et tambourinent aux vitres

Le matin
les oiseaux tirent le vin
et défont aux branches
les rubans blancs qu’ont noués les enfants

Tu vis
aujourd’hui
habitant de cités d’oiseaux
bâties haut dans le ciel

Les oiseaux t’y enseignent
leur abécédaire

Pour toi ils inscrivent
leurs tablettes d’argile
et frappent de leur bec
à ton seuil


Ni porte ni fenêtre
au périmètre de leur rêve
les oiseaux bâtissent leurs demeures
et servent le café
sous la lune
aux étoiles voyageuses

Pas de clef ou de serrure
à l’ampleur de leurs jours
ils désherbent leurs jardins
et cuisent le pain
dans des arbres creux
puis l’offrent
aux scarabées

Sans faim ni sommeil
pour taire leur chant
ils ajustent les cordes
aux violons des orchestres
et perchés le soir à leurs pupitres
donnent le la
à des musiciens égarés

Ni mur ni vitre
sur son chemin
un oiseau vient heurter
ton miroir
étourdi, il se lève
le temps d’un souffle
porté des morts aux vivants
puis disparaît dans la lumière

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CECILE OUHMANI

 

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Oeuvre Coline Bruges Renard

http://colinebrugesrenard.com/l_ouie_eblouie

 


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