Pour Roland

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J’ai senti frémir mon corsage

J’ai senti mon cœur frissonner

J’ai crié dans ta bouche

au goût marron

— châtaigne du terroir —

J’ai fermé les yeux et j’ai senti

la vibration tiède du désir

— senteur de vieux bois —

Tu m’as offert des boucles d’oreille

petit morceau d’argent

dessin minuscule

symbole.

Tu m’as offert un instrument

portatif

guimbarde

Je l’ai rangée dans mon sac.

J’ai dressé une carte sur les lignes de la main.

J’ai suivi la piste à la recherche du trésor.

J’ai trouvé un oiseau en forme de miroir,

j’ai regardé dedans

je n’ai vu ni or ni argent,

rien que des cœurs en boîtes,

des tables gigognes,

d’immenses pâtés de maisons !

J’ai regardé le ciel et j’ai vu des colombes bleues.

Était-ce mai, était-ce juin ?

Je me suis assise sur le talus à rêver.

Je t’ai vu assis, beau, sur un tas de nuages.

Illusion,

tout n’était qu’oripeaux.

Toi assis sur un tas de nuages, tes doigts chantant,

tes yeux faisant la navette,

le temps qui manquait pour parvenir à moi.

Y parviendrais-je ?

— J’y suis allée, mais tu n’y étais déjà plus.

Je me suis senti vieille et pleine de rides.

Mais ce qui compte, c’est la vie que l’œil emporte

Bagage de souvenirs ?

La mémoire enveloppée dans du papier cadeau.

Les angoisses, les souffrances

laissées dans un coin d’armoire.

L’amour, les bonnes choses,

portées dans une petite valise.

Prête pour le voyage !

Adieu !     À bientôt !

 

 

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LEILA CARVALHO

 

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henri matisse,

Oeuvre Henri Matisse