On ignore tout de la matière songeuse.
    Des forêts ou des lianes gelées aux vitres de l'enfance.
    Du lait. Du sang ou de la lymphe. La sève. Des paupières et du ventre d'où suinte impassiblement la neige des étoiles.
    On ignore tout des algues.
    Des épithètes en quête de visage. Des lèvres flétries pétale après pétale.
    Or, il y a le ciel.
    Ses plaies. Ses renflements. Ses ulcères.
    Des millions d'oiseaux entassés sur les plages. L'eau. La pluie, qui dessine nervures et lignes de vie, de chance ou d'amour à même les trottoirs.
    Il y a des murs. Des corps et des mains. Des montagnes et des fleuves inquiets, des marécages. La défroque d'un songe quand la nuit se retire. Des rêves équarris auxquels nul ne croit plus par le charnier où l'on rouvre et se frotte les yeux, un instant aveuglé par la clarté matinale.


    Il se tient là, Jean-Jacques.


    Comme à l'envers de toute rationalité.
    Il a écrit des lettres, des traités - de musique, de botanique. Dénoncé l'altération spectaculaire des fêtes qui unissaient les citoyens.
    Discours. Méditations. Un roman. Des études sociales et un précis d'éducation, il ne se pencha qu'avec réticence sur la fabrication des icônes, la peinture, la statuaire, ne relevant en elles, et dans l'architecture, que l'ambivalence dont Walter Benjamin saura nous instruire : il n'est pas de témoignage de la civilisation qui ne soit celui de sa décadence.
    Verdict sans appel Nous survivons parmi des ruines.

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LIONEL BOURG

 

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lionel