Je t’envoie une lettre
Que l’écume des mers a brodé
Une lettre souveraine
Née des racines du cœur
Et de la parure de ton regard de femme
Une lettre titubante
Qui s’accroche à nos souvenirs
Enorme coulée du vivre
Quand le vivre se fait chair de lumière
D’errance en errance
Jusqu’au coquillage premier
Qui chante dans tes yeux
Là où je ne suis pas
Dans l’allaitement des étoiles
Je t’envoie une lettre écrite sur un papier cadeau
Ou sur les nuits blanches quand tes lèvres s’exilent
Un seul amour l’habite
Au carrefour de nous-mêmes
Une lettre phosphorescente
Qui scintille à l’heure des orchidées
Et qui tourne comme un derviche
Pour guérir les îles vagabondes
Je n’ai pu créer des images
Ni tracer des frontières
Mes mots ont uni toute chose au-delà de moi-même
Le sel de l’origine
L’argile âpre des rêves
La foudre et l’éclair du sang
Et la promesse des fiançailles
Je suis le chant sans équivoque
Ce feu et ce lieu
Qu’aucun printemps n’a pu définir
Ma patrie est faite de rires tièdes
Qui inventent l’espace qui nous manque
De caresses de nuages gonflés de ton ombre
D’appels qui vont boire au sein
Je t’envoie une lettre de cérémonies
Une lettre de frôlement
Une lettre peinte sur l’écaille des tortues
Où s’aventurent l’ombre et la lumière
Paroles en pointillé
Cavalcades de pensées
Fourche des rêves au galop
Mémoire des désirs
Je t’envoie une lettre de miroirs silencieux
Une lettre qui chevauche l’océan des reins
A la manière d’un oiseau migrateur
Cherchant le triangle obscur et le vertige sacré
Il n’y a à lécher que la surface du jour
Avec la symphonie des algues
Chevillée à ma lettre comme un troupeau de tisons

 

 

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ERNEST PEPIN

 

 

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