" Si j'avais un drapeau, mon emblème serait le bras d'honneur...."

Guy Bedos

 

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Né le 15 juin 1934 à Alger, dans une famille pied-noir d’origine espagnole, il grandit dans la violence. Son père, Alfred Bedos dirige un laboratoire de produits pharmaceutiques. Sa mère, Hildeberte Verdier, est la fille du proviseur du lycée d’Alger. Le couple se sépare alors qu’il est encore très jeune. Guy Bedos ne reverra son père que de loin en loin. Sa mère se remarie avec un homme qui la bat. Elle frappe son fils en retour. C’est une femme raciste et antisémite. Guy Bedos racontait qu’elle avait une photo du Maréchal Pétain dans son sac. 

Il l’aimera malgré tout, comme on aime son bourreau mais, de cette enfance massacrée, gardera toute sa vie des bleus à l’âme. Le rire sera pour lui un exorcisme. "Je suis un pur résilient ", déclara-t-il un jour. La seule définition du rire qu’il acceptait était celle du philosophe Kierkegaard : "L’humour est la politesse du désespoir". "J’ai passé ma vie à faire du drôle avec du triste"  disait-il. A sept ans, Guy Bedos est placé en pension chez une femme qu’il surnomme Finouche. Elle lui servira d’institutrice et lui enseignera des valeurs à l’opposé de celles de sa mère : l’humanisme, la tolérance, le respect de l’autre. Il ne l’oubliera jamais et lui dédiera son livre Mémoires d’outre-mère.

Guy Bedos a 16 ans lorsqu’il arrive à Paris avec sa mère et ses deux demi-sœurs, des jumelles. Il quitte alors définitivement  le foyer familial et décide de prendre des cours de comédie à l’école de la rue Blanche. Il y rencontre Belmondo - " mon plus vieux copain " - Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort et bien d’autres. Le jeune comédien refuse de faire la guerre d’Algérie et évite de peu la prison. Il sera réformé pour maladie mentale. "Plutôt crever que d’aller tirer sur mes copains",  disait-il. Il se définissait comme "un antiraciste obsessionnel ". 

A 20 ans, il décroche son premier rôle au cinéma dans un film au titre prémonitoire : " Futures vedettes " de Marc Allégret. Deux ans plus tard, il apparaît pour la première fois à la télévision dans  " Virage dangereux ", un rôle dramatique. "J’ai commencé à écrire des sketches par hasard ", racontait-il en 2013 dans le quotidien Libération. " J’ai interprété un premier sketch, signé Jacques Chazot, lui l’homo de droite et moi l’hétéro de gauche, à la Fontaine des quatre saisons où je croisais Boris Vian, Béjart débutant. Ce cabaret était dirigé par Pierre Prévert, le frère de Jacques. C’est lui, Jacques, l’idole de mon adolescence, qui m’a dit un jour : "Vous devriez écrire.» J’ai acheté un cahier et, le lendemain, c’était parti".

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https://www.francetvinfo.fr/culture/spectacles/humour/l-humoriste-et-comedien-guy-bedos-est-mort-a-l-age-de-85-ans

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A écouter...

 

https://www.franceculture.fr/emissions/a-voix-nue/guy-bedos-lintegrale-en-cinq-entretiens?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR2P5QyO08v9F8ElrSzZa4VQPAEHZpa7WQGqY6ENODHyceJs4_7TFXjKnIk#Echobox=1590684528

 

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 https://www.facebook.com/rtbf/videos/1571585733019092/?t=173

 

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Je serai triste comme un saule
Quand le Dieu qui partout me suit
Me dira, la main sur l'épaule:
"Va-t'en voir là-haut si j'y suis."
Alors, du ciel et de la terre
Il me faudra faire mon deuil...
Est-il encor debout le chêne
Ou le sapin de mon cercueil?
Est-il encor debout le chêne
Ou le sapin de mon cercueil?
S'il faut aller au cimetière,
J'prendrai le chemin le plus long,
J'ferai la tombe buissonnière,
J'quitterai la vie à reculons...
Tant pis si les croqu'-morts me grondent,
Tant pis s'ils me croient fou à lier,
Je veux partir pour l'autre monde
Par le chemin des écoliers.
Je veux partir pour l'autre monde
Par le chemin des écoliers.
Avant d'aller conter fleurette
Aux belles âmes des damné's,
Je rêv' d'encore une amourette,
Je rêv' d'encor' m'enjuponner...
Encore un' fois dire "Je t'aime"...
Encore un' fois perdre le nord
En effeuillant le chrysanthème
Qui'est la marguerite des morts.
En effeuillant le chrysanthème
Qui'est la marguerite des morts.
Dieu veuill' que ma veuve s'alarme
En enterrant son compagnon,
Et qu'pour lui fair' verser des larmes
Il n'y ait pas besoin d'oignon...
Qu'elle prenne en secondes noces
Un époux de mon acabit:
Il pourra profiter d'mes bottes,
Et d'mes pantoufle' et d'mes habits.
Il pourra profiter d'mes bottes,
Et d'mes pantoufle' et d'mes habits.
Qu'il boiv' mon vin, qu'il aim' ma femme,
Qu'il fum' ma pipe et mon tabac,
Mais que jamais - mort de mon âme! -
Jamais il ne fouette mes chats...
Quoique je n'ai' pas un atome,
Une ombre de méchanceté,
S'il fouett' mes chats, y'a un fantôme
Qui viendra le persécuter.
S'il fouett' mes chats, y'a un fantôme
Qui viendra le persécuter.
Ici-gît une feuille morte,
Ici finit mon testament...
On a marqué dessus ma porte:
"Fermé pour caus' d'enterrement."
J'ai quitté la vi' sans rancune,
J'aurai plus jamais mal aux dents:
Me v'là dans la fosse commune,
La fosse commune du temps.
Me v'là dans la fosse commune,
La fosse commune du temps.

 

 

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GEORGES BRASSENS

 

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Papa, 


Une dernière nuit près de toi. Des bougies, un peu de whisky, ta main si fine et féminine qui sert la mienne jusqu’au p’tit jour du dernier jour. Ton regard enfantin qui désarme un peu plus le gamin que j’redeviens. Au-dessus de ton lit, un bordel de photos, de Jean-Loup Dabadie à Gisèle Halimi, de Desproges à Camus en passant par Guitry. Ça ne votait pas pareil, ça ne priait pas les mêmes fantômes, mais vous marchiez groupés dans le sens de l’humour et de l’amour. 

Au bout de tes jambes qui ne marchent plus, tes chats – sereins, comme des gardiens. Sur la table de nuit, un fond de verre de Coca, ultime lien entre ce monde et toi, quelques gorgées de force qui te permettent, du fin fond de ta faiblesse, de nous lancer des gestes d’une élégance et d’une tendresse insolentes. Fâché de ne plus pouvoir parler, tu envoies des baisers muets à ta femme adorée, à ta fille bien aimée, à la fenêtre sur l’Île Saint Louis, au soleil que tu fuis. Des gestes silencieux qui font un boucan merveilleux dans nos yeux malheureux. Tu auras mélangé les vacheries et l’amour jusqu’au baisser de rideau. Les « foutez l’camp » et les « je t’aime ». Caresses et gifles, jusqu’au bout. Incorrigible Cabotin, tu avais bien prévu ton coup : dans ton dernier morceau d’ mémoire, tu avais mis des « vous êtes beaux, je suis heureux, j’ai de la chance. C’est ta mère, là, devant moi ? C’est ma femme ? Oh Tant mieux ! ». 

On va t’emmener, maintenant, dans ton costume de scène. Celui des sketches et des revues de presse, des télés et des radios, celui qui arpenta la France, en long en large et en travers de la gorge de certains maires. J’ai dénoué ta cravate noire. On va t’emmener où tu voulais, c’est toi qui dicte le programme, c’est toi qui conduit sans permis. D’abord à l’église Saint Germain, tu n’étais pas très pote avec les religions, mais les églises, ça t’emballait. Tu disais « Faudrait qu’on puisse les louer pour des spectacles de music-hall, des projections de films, des concerts de poésies ». Il y aura des athées, plein d’arabes et plein de juifs. Ça aurait consterné ta mère, tu aurais bien aimé que ta mère soit fâchée. Puis on t’envole en Corse, dans ce village qui te rendait un peu ta Méditerranée d’Alger. On va chanter avec Izia et les Tao, du Higelin, du Trenet, du Dabadie et Nougaro. On va t’faire des violons, du mélodrame a capella : faut pas mégoter son chagrin, à la sortie d’un comédien. Faut se lâcher sur les bravos et occuper chaque strapontin. C’est leur magot, c’est ton butin. D’autant que je sens que tu n’es pas loin... Tu n’es pas mort : tu dors enfin.

 

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NICOLAS BEDOS

 

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