Je te nomme Mer
dans les circonstances des chemins d'algues et de pierres
dans l'urgence de mes illusions mal ourlées
ô mirage perchant mes fougues amarrées
à ton corps rompu il y a mille songes et une folie

Je reprends la traversée de tes bords
à la croisée des silences d'intermittences
cette fuite au fond du rêve convulsionné d'éboulis
c'est toi entassée comme des rides de chancre
dans la peau hiémale du sable
émiettée sur l'interstice jalonné de sel
et d'effroi insondable

A marée haute m'arpente le blanc du ressac
en avalanches de vertiges intolérables
d'incohérences magnanimes
m'enroule dans la nacre des promesses d'éternité
quelle vanité la mer
quelle errance millénaire
d'infini et de sables
à l'orée des ires de chaires
des voix courroucées d'interminables éveils

Par toutes mes folies
jusqu'aux débris des silences
dans la fuite irrésolue des vocations
je parcours la mer sonore
sous l'éclair véhément d'un ciel d'ivoire
et d'insolences inégales
d'esquilles retenues
notoirement ce soir comme un fanal
à la limite de nos souffles tronqués
dans l'absolu des mots aiguisés

Par pudeur
la mer exhausse sa voix marbrée
hors de tout rite
et de paroles tissées à la justesse du hasard
la mer taraudée d'algues et d'écume
vocifère la brûlure du sexe
à l'usure des silences
dans le labyrinthe que tressent nos songes les lus profonds
salubre
mon chemin d'exil
d'asphalte et d'ivresse
sur le versant diaphane des houles

je cherche à ajuster la diaprure des vagues
à mes fantasmes d'antan
à la pesanteur infaillible des maux
au désert qui m'habite
à la mer qui gît le mystère des sentences
quel parolier ce grain nomade
envidé dans le creux vif des mots

Dans le faste pétrifié des nuits
taillées à la mer
au fond de notre mémoire
à la douceur de l'exil
j'accueille ta folie
à chaque fois qu'une vague se défait
d'un grain de sable écumé

A l'orée de l'aube imminente
remonte le silence des senteurs amères
des légendes locales
mêlées à l'océan
aux chants posthumes des vagues
que chevauche la mer
vieux silence persévérant
à mes mots vibrant
comme l'illusion de ton visage
au début de chaque voyage
frayant mes veillées par intermittence
telle une parole dépouillée
de songes et de fables
silence évident au creux des maux
que paraphent les secrets des matins lancinants
ma colère inapaisée
au seuil des commissures de tes adieux démesurés
silence incontournable au détour du poème
que retracent mes insomnies

Dis moi que la mer est une vérité
que les chemins de sables paraphent ton visage
dans le vertige engourdi de mille gaîtés
quel mensonge ton silence outré
au moment où la mer
vocifère les symposiums de nos départs
la vérité est une promesse
tatouée sur les commissures des aubes affectées
autour des chuchotements de chaque cycle
de grâces et de volupté

Dis moi que ton sexe
confie sa voix aux algarades des nuits
sans biais
marbrée de rires poltrons
dans les arcanes hagards des plaintes ininterrompues
vérité mensongère
qu'importe tes prémices
je suis de ton usage comme une foi opportune
comme une norme adaptée
aux aspirations de la mer
en flux élancés sans doléance

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RACHID  DZIRI

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Aout_2009_b