Je veux t’apprendre à mâcher les mots.
C’est un jeu d’Homme seul
et je sais ta solitude.
Une syllabe, ou deux, ou trois,
rarement quatre,
et te voici la bouche pleine
de soleil et de mer
de joie et de chagrin
d’espoir et d’hébétude.
Tu mâches lentement,
avec soin. Prends ton temps.
Il faut reconnaître le goût d’une sonate
ou le frissellement léger d’un clavecin
ou le son doré de la flûte
la rondeur du hautbois
l’éclat de la trompette.
Mais tout cela n’est rien.
Au-delà de la soie ou du chanvre des mots
de leurs vulgarités et de leurs harmoniques
il faut subtilement trouver le goût du sang
vie et mort emmêlées
sans quoi même la mer se vide de son âme.
Alors seulement,
avec cette sève sur la pointe des dents
en emportant l’espoir des matins délivrés
tu pourras avancer dans la nuit de la race.


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ARTHUR HAULOT

 

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GUY DENNING2

Oeuvre Guy Denning