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EMMILA GITANA
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9 juillet 2017

DEMETER

Jouissance,

en étroit contact
    l'argile fraîche et ma peau.
    Chemins ouverts
    sources bavardes
    résineux    et térébinthes
    désordre d'herbes,
    c'était jouissance...

    Un stylet
    a pris place en mon âme.
    Maintenant sans mâture
    tout a goût de cendres
    tout m'est étranger
    indifférent.



    Jambes fantômes
    usées par trop d'errance
    jambes griffées
    ensanglantées...
    Mémoire d'un autre sang
    d'une hémorragie primitive
    plaie épaisse        ouverte
    lochies      lambeaux d'images
    qui s'égarent et que je perds
    lentement.
    Mémoire d'un cri de délivrance
    et de cet autre
    plus pénétrant
    ma vie         en une autre
    incarnée.



    Perséphone...
    À peine nubile
    déjà convoitée,
    mon étoile en souffrance.
    Par l'avidité de l'homme
    ma fille      courbée.

    Mains mêlées,
    mes mots recueillaient ses mots
    mon souffle entourait son souffle.
    Il ne me reste de son nom
    que syllabes
    sonores     encore
    pour combien de temps ?

    Voler vers ses tournoiements
    vers sa joie        sa lumière
    courir à son chant
    danser dans ses pas
    me fondre en son ombre.

    Papillon noir démesuré
    j'arpente rocailles      grèves
    et jardins clos,
    papillon noir desséché
    de ténèbres
    je marche     je dérive
    inutile répétition
    d'une recherche avortée.



    Quelle ironie le fugace
    quelle torture la finitude...
    Tant me reste à parcourir !
    La terre noire étouffe les germes
    et les racines retiennent
    leur puissance.

    Tout se rétrécit tout s'éteint
    tout se meurt
    ceps et yeuses
    oliviers et orangers.
    Voici un blé qui ne lèvera pas
    des feuilles mortes avant d'être
    et la faim terrible
    pour cette engeance aveugle.
    La faim fouaillera
    leurs entrailles
    comme l'absence noue
    les miennes.
    La rumeur qui m'accompagne
    est incantation de mort.




    Lignes chevauchées
    images floues        inversées
    sons étouffés
    ombres multiples
    sans cesse plus denses
    et mes yeux aveuglés
    et mes mains inutiles.
    Perséphone !
    Je cherche ta voix
    tes traits sous les masques.
    J'imagine je crains,
    sauvage solitude
    noyade.

    Plus pierre que ce roc
    plus froide
    ma voix sombre
    n'a plus d'écho.
    Ce point à trouver
    ce lieu       terre stérile
             à laquelle je refuse
             ardeur et vitalité
             sève asséchée ou figée
    ce lieu s'éloigne s'obscurcit..

    Sous l'écume        sous les pierres
    j'ai cherché.
    Le vent déserte
    mon errance.

    Mon fruit      ravi,
    il ne reste que voile parfumé
    rides sur l'eau calme
    mouvement évanescent
    et cette image qui tremble
    en mon image.

    Mon cri ne déchire que moi
    ne défait que moi.

    Seule.
    Mon pas sur la glèbe nue
    mon pas brisé.


    J'aimerais
    mes os blanchis par la vague
    coquille vide
    bois mort
    sillage unique presque effacé,
    mes pas
    traces éphémères.
    Sans elle ?
    La mort      seule, lénifiante
    et que tout meure
    avec moi !




    Vague unique sans ressac
    sans retour
    je suis portée
    au delà des mes pas
    plus loin encore.
    En creux      son poids
    en mes bras tannés
    en creux son rire.

    Ma vie        sa vie
    désaccordées
    ma vie sans elle mutilée.
    Jours incendiés
    nuits de vertige
    tout m'exile.



    La terre abandonnée
    stérile soudain.
    Poussière...
    nulle incandescence
    pour la réchauffer.
    Me voici rompue
    inapaisée
    poing tendu
    pierres récoltées
    pour frapper.
    Qui ?

 

 

.

 

AGNES SCHNELL

Extrait de « Flâneries mythologiques » Inédit

    09/02/04

 

.

Gustav-Klimt

Oeuvre Gustav Klimt

 

 

 

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