dimanche 12 avril 2009
JACMEL
J'ai hurlé à la dixième étoile de ma mémoire
J'en ai quarante-et-une au front de mon exil
Soixante bien sonnées au comptes de mes rêves...
Gloire aux quatres saisons qui ont offert l'Automne
et la saison possible de te revoir un jour
Jacmel
Jacmel mon vrai berceau
mes jeunes pas et mes vertes années
Jacmel mon hibiscus mes couchers de soleil
mes plats de lune au goût de mes premiers émois
Jacmel
Jacmel-mes-cyclones engrossé de Gosseline
pisquettes cassaves et rorolis sucrés
tambours lointains des mornes
et balcons de dentelles
crochets en fer forgés
ayant signé chacun sa servitude utile
sur sa porte de bois
Jacmel-les-galeries et ses tôles ondulées
Jacmel au demi-siècle d'un enfant revenu
Où sont partis les miens?
La mort a fait son oeuvre
et parmi les vivants j'errais chez les fantômes...
Gloire à ces tendres accords qui sonnent dans
1' oubli
Gloire à ces sons de cloches qui teintent dans le
temps
Gloire au plus haut des cieux au prénom de mon
père
Gloire à toi
Yves le grand
ressuscité aujourd'hui des cendres humides
de mes larmes
mon papa à cheval
qui fit de moi un arbre aux racines profondes
un arbre de demain que hante le passé...
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GERALD BLONCOURT
Haïti. Décembre 1986
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OEUVRE HAROLD SAINT JEAN
dimanche 2 novembre 2008
JE HURLE A LA LUTTE
Découvrez Geoffrey Oryema!
Je hurle à la lutte ô mon pays ma terre-natale Saline-cicatrice bidonvilles-crucifiés de l'aube aux nuits fétides chiens efflan-qués affamés immondices désaffectées tôt ou tard dans l'obs-curité mensongère cogne ma mémoire sur les tôles- ondulées aux vibrations d'orage bave ma rage de gangrène infectée odeurs puantes de caniveaux de mort prématurée d'enfants vides aux regards- remords lancinantes accusations d'un monde qui s'accouple avec l'Absurde villes-fantômes aux frontières de l'oubli mornes décharnés fièvres circulantes des tap-taps engrossés de détresses humaines d'ici de là-bas et d'ailleurs de Delmas défoncé sans autre cause que la folie meurtrière de cons hallucinés Carrefour Bizoton crevant sous la griffure empoisonnée d'une faim coriace permanente misère-vampire terreur des ruelles sans eau au goût de boue d'incertitudes gourdes aux lois du dollars piastres noires de crasse mains tendues et mendiantes au ventre plein d'un enfant à naître gousse d'ail des yeux implorant une aumône crevant l'incroyable l'insoutenable douleur de mon être angoissé toute ma rage ma colère se gorge de sève d'injustice vérole pour abattre la dysenterie des consciences ô mon pays d'azur palmes mornes écorces et racines mon doux pays d'amour mer bleue de tambour et d'espace pourquoi l'univers carcérales brûle-t-il tes vertus cancer d'injustice concert de détresse comment ne pas rugir et se battre ô mon peuple affamé pilé comme maïs pillé spolié écrasé torturé je donne mon baiser aux luttes populaires au Parti Soleil de Roumain d'Alexis de tous ceux aujourd'hui debout de tous ceux aujourd'hui mes frères aube certitude du matin à venir pour enrayer la mort je hurle à la nuit aux luttes décisives rassemblant la meute de tous les combattants je possède la force des convictions profondes et raisonnables je connais les sentiers raccourcis qui mènent du Bassin-Bleu de mes rêves à l'eau de pluie l'eau des puits et des fontaines l'eau pour boire l'eau goutte de rosée à l'eau claire de notre délivrance oui je connais les résonances ultimes et sourdes de mon peuple je connais les cachettes de ses espoirs les marelles de son enfance et les lagos agiles aux quatre coins de ses points cardinaux oui je sais les palmiers et les lianes je sais le pois-congo et le diriz-diondion les marigots et les ravines les cirouelles et le choux- palmiste je connais les rigoles et les lampes à pétrole je connais l'odeur chaudes des cassaves le piment-doux du rire l'akassan du matin je connais d'étranges filles dont les mots allumés vont porter nos demains oui je sais tous les miens médecins peintres et chômeurs qui ont bâti au coeur de tous les bayahondes notre espoir commun je hurle à l'émeute de nos âmes je hurle à la découverte du bonheur je hurle à mort l'injustice je hurle pour le pain la liberté les généreux possibles je hurle enfin et toujours à la lutte pour récolter l'amour.
Port-au-Prince- Décembre 1986 . GERALD BLONCOURT . Oeuvre de Gérald Bloncourt
samedi 4 octobre 2008
RENCONTRE AVEC JACQUES STEPHEN ALEXIS
Découvrez Geoffrey Oryema!
Rencontre avec Jacques Stephen ALEXIS
(un immense écrivain haïtien, assassiné par les sbires de Duvalier. Il fut mon "frère d'arme"...
Jacques, t'en souvient-il ? Nous étions à minuit. Le mois était Décembre, et l'an, quarante-six.
Nous marchions en silence. Il faisait lune et doux.
Les tambours dormaient et Port-au-Prince frissonnait.
Un requin glissait dans la rade. La Gonave s'allongeait sur les flots. Nous venions de quitter St-Amand et Depestre. Tu as murmuré :
"... Les peuples sont des arbres. Ils fleurissent à la belle saison..."
Jacques, t'en souvient-il ? Nous étions à minuit.. et nous avions vingt ans!...
En cet instant de notre rencontre avec l'adolescence, il est encore minuit. Je m'aperçois que 44 ans ont coulé. Seulement 44 ans !
Le hasard est-il aussi au-rendez-vous, en ce jour d'aujourd'hui, 4 Novembre 1990 ?
Je viens, à cette minute même, d'atteindre ma soixante-quatrième année! Je me sens pourtant plein d'une tranquille jeunesse... Parle-rais-je à mon tour d'arbres, de printemps, de sève ? De cette sève - toujours en moi - de nos "Cinq Glorieuses", de notre "La Ruche", de l'exil ?...
Je sais bien pourtant qu'il n'est plus aujourd'hui qu'automne, et que les feuilles tombent...
Arbre ?
Je m'en sens vraiment ce côté végétal. Ce besoin de terre, de racines, d'écorce, de feuillage, d'ombre et d'humide affection.
"... Les peuples sont des arbres..."
Nous avons tous ce côté végétal. Ce besoin d'être bourgeons. De fleurir. D'éclore. Ce besoin de pépiements d'oiseaux. Ce besoin de couleurs fondantes, au petit jour frisquet, à peine teinté d'aurore.
Les peuples sont des arbres qui fleurissent à la saison d'amour. Les hommes sont des arbres aux bras géants de rêves, aux bras ouverts d'espoir, aux bras de nues, de vents, d'orages...
Nous avons tous ce côté végétal, buissons, épines, bois morts des souvenirs, souches rétives aux socs des tourments.
La mémoire est là.
La mémoire.
Incassable.
Coeur de hêtre, de chêne, de mapou, de gaïac.
La mémoire "indéchoukable", feuillue d'Histoire et de saisons...
GERALD BLONCOURT
4 Novembre 1990
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JACQUES STEPHEN ALEXIS
mercredi 10 septembre 2008
DIALOGUE AU BOUT DES VAGUES...Extrait
Pour ma malheureuse terre-natale et son peuple qui vivent ces temps-ci
un véritable cauchemar
...
J'aime ce pays dans sa totalité ses habitants et sa merde j'aime ses fantômes en lisière des pourritures-masures j'aime ses mornes et l'odeur amer-sucrée des caniveaux ses regards surdoués de beauté je colle aux murs-fresques qui en disent plus long que tous nos discours à l'avenir-espoir je marche de tous ces pas pieds-nus dans la poussière de ses rues démembrées j'aime ce pays en moi de toujours ourlant mon âme hurlant ma vie dans le ventre de ce pays sur la peau de ce pays j'ai ton nom dans mes os et ta voix dans la mienne j'ai ma main ouverte au monde pour mon pays ma colère corde-à- noeuds pour grimper aux étoiles j'ai ma lutte à contre-courant des habitudes pour mon pays sans doute ai-je vécu trop près en demeurant si loin sans doute emporterais-je ma Sabine-mémoire pour être plus près de mon pays sans doute irais-je au loin dans l'ultime décade me battre pour mon pays emmenant avec moi ses yeux-diamants et ma force invincible d'aimer.
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GERALD BLONCOURT
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Peinture VICSAMA
mardi 22 juillet 2008
JE ME SOUVIENS...
Je me souviens des purges administrées tous les samedis matin pour guérir des vers, du paludisme et du "sang-gâté".
Je me rappelle la tête coupée, fichée sur une pique, qu'une foule en colère a baladé des heures durant, dans les rues de Jacmel.
Je me souviens l´avoir vu passer, montant et descendant dans le roulis de la manifestation, au ras de mon balcon. Je me souviens que le ciel était bleu-féroce et que le soleil cernait de lumière le macabre visage. Je me souviens que j'avais 7 ans.
Je me souviens de Diogène, le conteur, matraqué et jeté ensanglanté dans un camion par des types de la Garde, parce qu'il allait pieds nus et en guenilles. Je me souviens d'avoir entendu dire qu'il fallait nettoyer la ville de tous les mendiants à cause du bateau de touristes yankee qui devait faire escale dans le port ce jour-là. Je me souviens que Diogène n'a jamais plus reparu. Je me souviens qu'un voisin a dit qu'il était mort.
Je me souviens du cyclone de 1936. Du tremblement de terre et du raz-de-marée qui l'ont précédé. Je me souviens des quinze mille victimes et de ceux que la peur a rendus fous. Je me souviens des cadavres brûlés en tas pour éviter l'épidémie. Je me rappelle cette odeur de cochon grillé et les volutes de fumée noire dans le ciel redevenu bleu et serein.
Je me souviens des matelas contre les murs en cas de "balles perdues".
Je me souviens d'un doigt sectionné pour une banane volée. Je me souviens de la main de Théragène, coupée, pour tout un régime dérobé.
Je me souviens des lampes à pétrole, des bougies de baleine et des "torches-bois-de-pin" éclairant mes cahiers d'écolier.
Je me souviens de la route Jacmel-Port-au-Prince aux cent "passes" de torrents. Je me souviens de Moreau, la rivière aux écailles d'argent. Je me souviens de Cour-la-Boue et du Morne-à-Tuf.
Je me souviens des tambours dans la nuit et des "bandes" du mardi-gras.
Je me souviens de nos pigeons mangés par les voisins et... des colères de mon père ! Je me souviens de lui lorsqu'il partait à la recherche des trésors enfouis durant la guerre de l'Indépendance en 1804, et qu'il n'a jamais découvert.
Je me souviens de ma dysenterie amibienne et de l'eau bouillie qu'il m'a fallu boire durant un an.
Je me souviens de P'tit-Louis qu'il a fallu que je cesse de fréquenter parce qu'il avait la teigne.
Je me souviens de Maman-Dédé m'interdisant de parler créole pour ne pas gâter mon français.
Je me souviens que les petits "mulâtres" jouaient de préférence avec les petits "mulâtres", les petits "nègres" avec les petits "nègres", que les bonnes étaient toujours noires et les prêtres toujours blancs.
Je me souviens qu'il ne fallait jamais oublier de ne pas parler aux gens des bidonvilles et qu'il fallait surtout ne pas oublier qu'il était interdit de donner la main aux "enfants de la rue". Je me souviens qu'il ne fallait jamais dire de gros mots sous peine d'attraper le "gros-ventre comme certains gosses du voisinage. Je me souviens du "mal-mouton" que ma mère appelait oreillons. C'était une maladie terrible qui engendrait le "maklouklou" gonflant démesurément les testicules, comme c'était le cas pour Maître Bordes, doyen du tribunal.
Je me souviens du massacre des quinze mille travailleurs haïtiens en République Dominicaine. Je me souviens que cette tuerie eut lieu en une seule nuit.
Je me souviens des vingt-et-un coups de canons tirés du Fort-National pour saluer les bateaux de l'U.S Navy à chaque fois que l'un d'eux venait mouiller dans la rade.
Je me souviens des "marines" nord-américains dé-ambulant saouls dans nos rues, la bouteille de gin dépassant de leurs poches arrières. Je me souviens de leur allure chaloupée et de leur difficulté à avancer sous le soleil. Je me souviens de leur brutalité, de leur grossièreté, de leur peau violette, de leurs yeux injectés de sang, de leurs visages inintelligents, de leurs uniformes peu seyants, de leurs rictus repoussants, de leurs de leurs de leurs de leurs....
Je me souviens qu'il fallait oublier les amis emprisonnés parce qu'ils n'étaient pas d'accord avec le gouvernement. Je me souviens qu'il fallait ne plus se souvenir des "disparus". Qu'il fallait rayer de son vocabulaire : "politique", "à bas Borno", "indépendance " et "communisme".
Je me souviens de ma terre-natale dont on m'a privé quarante ans et que j'ai retrouvé à soixante.
Je me souviens qu'il m'a fallu dix-sept jours pour traverser l'Atlantique en 1946 à bord du San-Matéo et dix heures pour revoir le pays en 1986, à bord d'un Boeing 747.
Je me souviens que la terre est ronde. Que mon coeur bat. Que j'ai connu Georges Perec au Moulin d'Andée, Samy Frey en cassette, et Isabelle dans le métro.
Je me souviens des mots : amour, espoir, liberté, fleur et rêve.
Je me souviens qu'un jour viendra...
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GERALD BLONCOURT
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Oeuvre de VICSAMA, Peintre Haïtien
mardi 15 juillet 2008
MONOLOGUE AU BOUT DES VAGUES
Découvrez Rokia Traoré!
Il est désormais certain que ce jour n’a jamais été. Aucune parcelle de cette aube première n’a laissé de traces. Aucun cri de coq n’a salué l’horizon. Voilà ce qu’il se disait pour tenter d’évacuer cette époque dont il ne voulait plus garder de souvenir.
Depuis qu’il était venu de sa terre nourricière, à l’écoute des autres, il s’était senti en brousse, en jungle d’êtres, s’abreuvant d’espoir et de nuits étoilées, offrant sa jeunesse, sa force et sa pureté à qui voulait, comme lui, refaire le Monde.
Ne croyez pas qu’il soit resté muet. Il disait son rêve. Oui, il avait causé. Longtemps. Tout ce jour dont il ne voulait plus et qui partait en lambeaux dans l’oubli.
Il disait avoir connu la France verte et humide d’espérance. Le temps avait passé. Les saisons avaient perdu la raison. La terre avait désormais la fièvre. Sa température inquiétait. Les guerres s’entremêlaient, de frontières en frontières, de ville en ville, de cœur en cœur. La Planète se mourait. La haine, le plus naturellement du monde, avait enclenché le compte à rebours.
Il avait pourtant grandi à l’ombre d’immenses certitudes. Elles n’étaient plus là pour l’aider à retrouver son Nord. Perdue son étoile vacillante qui devait le guider vers un Monde meilleur!
Il se retrouvait en plein naufrage. Les vagues en furie le maintenaient au large...
Il lui fallut des efforts surhumains pour parvenir à prendre pied sur une espèce de grève. Il venait de rejoindre ces lieux où furent gravée, entre Bastille et guillotine, la proclamation des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Ce matin-là, son regard butait sur des corps aplatis pratiquement incrustés aux trottoirs de la Solitude. Des fusillés de la misère gisaient au hasard des rues. L’Oubli et l’Indifférence côtoyaient l’Ennui et la Désespérance. En quelques minutes une émission de télévision l’avait trimballé de Palestine, du Liban, aux explosions d’Irak, au rictus de Poutine, au cynisme de Bush, aux famines d’Afrique, aux génocides, aux multiplications, aux divisions, aux soustractions, aux additions, aux hypothèses, aux sondages, aux pourcentages, aux statistiques, aux mensonges, aux calomnies, au détournement des consciences, des rêves, à l’accumulation des richesses, à l’emballement de la pauvreté, des détresses, aux injustices de toutes sortes, aux palabres des pouvoirs en place, des privilèges ahurissants, des incompétences notoires, des manœuvres politiciennes, des cris de désespoir de femmes battues, violées, brûlées, des mutilés de toutes les races, de toutes les conditions sociales, des chômeurs, des drogués, des exclus, des séquestrés, des affamés…
Un voleur de nuit est passé comme un fantôme, sur la pointe des pieds, répandant une fumée trop épaisse et trop lourde, qui s’insinuait dans son destin.
Qu’était-il devenu le temps de ses discours aux immigrés haïtiens regroupés dans l’exil, contre la Dictature, pour tenter, avec eux, de chanter la Dignité, la Liberté, l’Egalité, et la Fraternité, en un mot, l’Homme avec un grand F comme il aimait à dire ?…Où était-elle passée sa soif d’ouverture, de rires et de claques amicales dans le dos ?…
Qu’étaient donc devenus ces élans vers ce qu’il espérait d’une Démocratie possible ?
Un jour nouveau s’était levé. Il avait plu la nuit. La pluie toutes ces larmes de pluie milliers de gouttes qui claquent éclatent sur les pierres chantent sur les feuilles tapent sur les tôles et par moment changent de cadence chante cette multiplication effrénée obstinée rageuse ample ces coups d'archets profonds de violoncelle ces voix fantômes qui s'entrecroisent et qui semblent livrer la sourde plainte des bidonvilles ruissellements obstinés laborieux infatigables ces cordes de guitares fluides de sons désaccordés la pluie de son enfance rêveuse de ses yeux étonnés ouverts dans la nuit de son amour des autres d’Elle à venir de son être tendu croisant le désespoir des rues et ses forces à tenir le monde entre ses mains à soutenir l'ennui à saccager la mort à cueillir l'offrande de sa terre de ses premiers émois la pluie tombe dans mon crâne se disait-il déborde mon âme inonde ma plaine la pluie la pluie qui tombe sur moi entre nous dans ta maison dans ta chambre sur ton coeur sur ton corps la pluie saison-été-caraïbe-éclaboussée la pluie encore ton visage mouillé tes larmes d'hier au soir ta robe bleue si belle tes épaules tes hanches ta taille et la pluie la pluie qui goutte à présent lentement précautionneusement tintinnabule au-dehors frisson humide de tes lèvres la pluie la pluie goutte stalactite de mes mille pensées en vrac en foule de toi pour toi la pluie de tes paupières empierrées de sommeil la pluie sur ta fatigue la pluie douce des mots sur ton front la pluie dors mon amour pluie couleur de mon désir pluie d'espace si grand de ta présence pluie du petit mendiant de ce midi de sa détresse de notre impassible impossibilité pluie de ta fuite en taxi pluie source pluie crevant le roc pour sourdre à tes pieds sous tes pas pluie ma pluie notre pluie qui tombe à genoux devant toi sur nous qui nous aimons sous le ciel d'Haïti dans la nuit sourde de ton baiser fébrilement téléphoné fiévreusement cueilli...
Et ce jour, celui-là même qui succédait à celui dont il proclamait l’inexistence, s’était levé. Après la pluie le temps est beau lui avait-on appris dans son enfance. Il y avait là, des bouts d’aurores imperceptibles perlant de rosée, exhalant une odeur de terre et de larmes. Il se tenait debout, les deux pieds bien à plat, posés dans le purin de l’amour, découvrant à nouveau raisons de vivre et d’agir... Certitude une fois encore, qu’Amour serait mieux qu’hier, dénominateur commun de Lutte et de Tendresse....
Il voulait en finir avec ces dérives de continents qui mettent à plat tous les savoirs géophysiques.
Il voulait encore, toujours, jusqu’au bout, tenir. Pour être de ceux qui continuent pourtant à croire aux lendemains qui chantent…
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GERALD BLONCOURT
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mercredi 2 juillet 2008
BULLE
Rêve d'ivresse
rêve de tendresse
je pleure
ah! mon dédain
délire
l'imperméable
se déchire
et je tends
doucement
la main
vers la porte
du vide.
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GERALD BLONCOURT
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vendredi 13 juin 2008
L'EXIL
Découvrez Hans Zimmer!
Ce matin là
il n'y avait
que le vide des voix-fantômes
par les rues de la ville
qu'on fusillait en moi
Il n'y avait
que l'écho des bruits
que l'ombre des uniformes
que la veille et les avant-veilles
de ce matin de Février
que le passé
que des lambeaux de souvenirs
Mon coeur meurtri
déchirait en cadence
des sentiments brûlés
Le monstre prit son essor
et du hublot
oeil étonné encore
ouvert sur Port-au-Prince
j'embrassais la rade, la Gonave,
le Morne l'Hôpital
L'horizon bascula
quand l'avion prit son cap...
et la Saline, Bel-Air,
se mirent en page
une dernière fois
Port-au-Prince
mosaïque de la misère
saignant à mort
de tous ses bidonvilles
tuiles-fer-blanc-rouillés
à l'infini...
Le ciel était immense
Je suis venu au monde
J'avais pourtant vingt ans...
( Février 1946)
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GERALD BLONCOURT
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jeudi 12 juin 2008
CE SOIR EST A TOI
Découvrez Idir!
C'est la tempête
poussière
vent
bourrasques
rafales
les lames de fond du désert
se déchaînent dans d'apocaplyptiques
rugissements
la flamme vacille
se meurt
renaît
mais ce soir est à Toi
ce soir est à nous
je viens de vivre mille ans
de misère
de grandeur
de dignité
de politesse
d'amitié
j'ai cueilli pêle-mêle
émotions
récits
images
mais ce soir est à Toi
laisse-moi te l'offrir
Je voudrais être humble
je voudrais porter
sur mon dos
la pauvreté du monde
la terreur des enfants
je voudrais chasser toutes les mouches
des plaies
Ce soir est à Toi
Ce soir est à nous
mon amour
par-delà la distance
allongée sur ton lit
le coquillage de ton oreille
entends
ma voix
Je suis si près de Toi
ce soir
quelque-part
où l'on meurt
en pleine guerre
oubliée
je suis là près de Toi
quelque part
pour vivre
je suis là
avec Toi...
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GERALD BLONCOURT
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samedi 7 juin 2008
POEMES SAHARIENS...Extrait
Découvrez Souad Massi!
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Minuit...
Alger respire encore...
La nuit moite n'arrive pas
à étouffer tous les bruits...
Pourtant je perçois le frôlement
des feuilles
dans l'étonnant et merveilleux
jardin
où se blottit
l'hôtel...
Parmi mes étoiles
qui se bousculent
là-haut,
il en est une,
à laquelle j'ai donné ton nom...
Je reviens des ruelles
à n'en plus finir
Je remonte de la foule
d'où émergeait de temps en temps
une femme voilée
mystérieuse...
...peut-être toi...
Alger respire encore
lourde d'Histoire...
Encore un jour à mettre en compte...
Alger-escale
Alger-transit
Alger-la-Blanche
Alger avant Tindouf...
...Bientôt le sable chaud
l'odeur-pétrole du napalm
des corps sans vie
les yeux vides
ouverts sous un ciel trop bleu
les détonnations sèches
des armes automatiques
les explosions sourdes
fracassantes
coléreuses
Un cri d'homme
deçi-delà
et le silence pesant
étouffant
désavoué...
Des fleurs!!!
il me faut de fleurs
plein les mains
et la tête
plein le coeur
plein les poumons
des fleurs à respirer
à mettre en pot
en terre
en gerbe
La nuit s'ouvre
comme une femme
douce
immense...
C'est une veillée d'armes
Alors on pense
on compte
on additionne
on se souvient
on regrette
on s'en veut
on s'en fout
on comprend...
On aime surtout
on aime grand
comme le vide
qui vous guette...
sans crainte
sans maudire
sans médire
sans rancune
sans façon...
On aime tranquillement
gentiment
Alors Toi
dis à toutes et à tous
qu'ils sont ce soir
à la fête
dans mon coeur...
que c'est pour eux
que je suis là
pour eux
et tous les autres
que je ne connais pas
que je ne sais pas nommer
que je ne peux pas nommer
que je ne veux pas nommer
...Pour eux
pour Toi
pour moi
afin de voir
de dire
de crier...
Qu'ils sachent que c'est là
ma vie
mon métier
mon urgence
ma force
ma responsabilité
ma dignité...
Il monte de la ville
un souffle d'homme
une plainte de femme
un sommeil d'enfant...
Il monte de la ville
un peu de mon pays
de ses cannes à sucre
de ses cayes
comme une odeur de tafia
comme un fond de tam-tam
Il monte de la ville
des souvenirs d'ébène
de gaillac
de manguier
des rires
des claques dans le dos
des tremblements de terre
des palmiers et des lianes
des sapotilles
des quénêpes
des corossols
des mangots
des cachimans
des cassaves
des boborits et du clairain
Il monte de la ville
l'amidon
l'akassan
le sirop
les goyaves
le piment doux
et le choux palmiste
Il monte de la ville
la rivière Moreau
aux écailles d'argent
Bainet, Jacmel,
Marigot, Pétionville,
Kenscoff, Furçy,
et le Morne Bourette
et le Bassin-Bleu.
Il monte de la ville
le Morne l'Hôpital
et le Fort Mercredi
et Port-au-Prince
et son Ile de la Gonâve
et ses quartiers
Turgeau, Lalue,
la ruelle Piquant...
Il monte de la ville
les Cinq Glorieuses
de Janvier 1946
Il monte de la ville
mon sang caraïbe
Il monte de la ville
Jacques Stephen Alexis
René Depestre
Kesler Clermont
Gérard Chenet
et tous les autres
mes frères
Il monte de la ville
la grève de Trieux
les voix de St-Nazaire
les courées de Roubaix
les corons de Béthune
les dockers du havre
les défilés de la Bastille
Il monte de la ville
les oeillets de Lisbonne
les deux frères de Ceuta
l'affiche de Madrid...
La nuit s'efface
un jour s'en vient...
dans la foule des hommes
prend ta place
et
marche...
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GERALD BLONCOURT
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